Le marché : Sortir du lot sans vendre son âme

Comment sortir du lot face à l'omniprésence des maisons d'édition ?

La réalité pour les auteurs et autrices, c'est que le marché est saturé. De nos jours, trouver sa place dans un monde aussi lisse est complexe, surtout sans l'appui des réseaux sociaux est difficile et pourtant je n'aime pas utiliser les termes négatives. Personnellement, je ne suis fan ni de TikTok, ni d'Instagram. J'ai cette sensation désagréable de faire de la vente forcée, et ce n'est pas moi. Je suis une femme à l'ancienne et je n'aime pas être partout. 

Alors, on fait comment ?

Je pense que nous sommes dans un monde où il faut se démarquer et refuser le moule. Pourtant, pour plaire au plus grand nombre, je comprends que beaucoup choisissent de lisser leur plume ou de mendier de l'attention dans des groupes pour partager leur livre. J'avoue, l'idée m'a effleuré l'esprit. Mais j'ai vu une femme partager un livre qu'elle avait écrit avec ses tripes. La seule chose qu'on lui a répondue ? Ça se voit que la couverture, c'est de l'IA", ou encore la vieille phrase bateau : "Moi aussi, je peux écrire un livre." Effectivement mais il va pas te mener sur la route de la gloire. Mais penses-tu avoir le courage de monter ton fichier EPUB sur LibreOffice ? Parce que j'avoue, moi, j'ai galéré. Et je ne te parle même pas du broché, que j'ai trouvé totalement chiant, mais j'ai tenu bon parce que je savais que j'en étais capable. D'ailleurs, je ne me vois pas sortir un broché pour chaque livre, et je partagerai un article sur les galères que nous rencontrons et dont, sans doute, on parle peu. 

Le plus triste, ce n'est pas la critique en soi. C'est l'incapacité totale à comprendre le temps, l'énergie et l'âme injectés dans cette œuvre. Parce que pendant que certains scrollent les réseaux comme des mendiants de dopamine, nous, les auteurs, nous passons notre temps à écrire et à peaufiner nos histoires. C'est mon cas.

Alors, épargnez-moi les critiques à deux sous. De toute façon, ce n'est pas un livre isolé qui nous rendra riches. Ce qui compte, c'est la trace qu'on laisse et l'honnêteté du travail accompli.  Et si tu penses que les livres des maisons d'édition ne sont pas lissés, alors il est temps de te réveiller. D'ailleurs, qui te dit qu'ils n'utilisent pas, eux aussi, l'intelligence artificielle ?

Le mirage des paillettes ?

Pour revenir à nos moutons, l'auto-édition et ceux qui vous promettent la richesse immédiate vendent un rêve rempli de paillettes. On ne devient pas riche avec KDP par magie. Selon moi, la clé réside dans une ligne éditoriale solide et bien construite. Tout travail mérite salaire, n'est-ce pas ? Sortir un livre est une chose, mais sans suite, il finit noyé par l'algorithme. C'est la mort directe sans passer par la case départ.

Ça ne vous rappelle pas le Monopoly ?

On me demandera peut-être : « Laetitia, n’es-tu pas un peu défaitiste ? »

Non, je suis réaliste. Même avec la peur au ventre et l’envie viscérale de trouver mon public, il faut affronter la machine : Amazon encourage les auteurs déjà mis en avant et ceux qui collectionnent les commentaires. Personne ne s'aventure vers des auteurs qu'ils ne connaissent pas, car les lecteurs sont trop habitués aux plumes en vogue et je peux très bien comprendre cette tendance. Le marché est ultra-concurrentiel, dominé par des maisons d'édition qui bénéficient de budgets marketing colossaux, alors que nous, nous faisons notre nid comme nous le pouvons. Mais moi, je refuse de mendier l'attention des gens. 

Alors tu veux qu'on te lise Laetitia ?

Oui, mais pas à n'importe quel prix, et surtout pas par la vente forcée.

Alors je tiens et je n'abandonne pas, même si j'ai parfois cette peur au ventre d'être trop crue, vive et brute. Mais c'est de cette façon que j'adore écrire. Je me dis parfois : "Laetitia, tu vas peut-être trop loin ?" Mais autant faire ce que j'aime et être détestée.

Écrire avec la rage, avec le cœur, sans jamais rien lisser, c'est mon souhait. Je peux me tromper et j'ai des doutes comme tout le monde, mais mes histoires ne ressembleraient à rien si elles étaient comme les autres.

Peut-être qu'ainsi, le marché finira par laisser la place aux plumes qui ont de vraies histoires à raconter. Parce qu'il est temps de lire des récits organiques, des récits qui prennent aux tripes. Je suis certaine que la plume cinématographique a sa place dans la littérature, alors je force le passage, parce que si j'écoute mon ego, je resterai dans l'ombre.

À moins qu'il ne soit préférable de se raconter des histoires... mais il est bon aussi de voir la réalité. À tous ceux qui se sont sentis abandonnés un jour, mis de côté. À ceux qui ont vécu des abus, de la toxicité, des choses de l'ombre que les silences n'effacent pas. Ces histoires seront pour toi, pour moi, pour vous, car nous méritons d'avoir un encart en magasin un jour. Et celui-ci s'intitulerait : "Coup de cœur de Heart : à lire pour vivre une expérience".